Colloque sur la petite enfance le 23 mai 2003 à Gennevilliers

Intervention de Patrice Leclerc, Conseiller général des Hauts-de-Seine

 


Mesdames, Messieurs,
Contrairement à ce qu’il y a d’écrit sur le programme je ne vous présenterais pas les services de santé de Gennevilliers.
Je suis moins bien qualifié que le Docteur Tyrode pour le faire.

En lisant le programme avec les multiples questions que vous allez approfondir autour des bébés, de l’accueil des enfants, de la santé, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que vous allez par un bout ou par un autre, vous interroger sur notre société, son mode d’organisation.

En effet, la notion d’enfance reste récente. La conception de la place des bébés, des enfants n’a pas toujours été la même à travers les siècles. Quand on regarde le passé, on peut penser que l’évolution est plutôt positive. Mais cela va-t-il se poursuivre ? Peut-on penser faire plus et mieux ?

Nous n’apporterons pas, collectivement, les mêmes réponses, nous n’aurons pas les mêmes ambitions si l’on pense, comme on essaye de nous le faire croire sur la question des retraites, que dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a plus de progrès de civilisation possible, que l’on peut moins faire aujourd’hui qu’à la sortie de la deuxième guerre mondiale en terme d’acquis sociaux.

L’Etat, les collectivités locales, la société n’investiront pas de la même façon en direction des enfants et des bébés si les idées dominantes pèsent pour que les dépenses en direction des êtres humains soient comprimées, si elles distillent l’opinion que les investissements collectifs se font au détriment de l’économie, que le privé répond mieux aux besoins que le service public, que les inégalités sociales sont inéluctables.

J’aspire pour ma part, comme bien d’autres, au fait que l’épanouissement de l’être humain, de la personne, soit le but de notre organisation en société et non pas la « hauteur du CAC40 ». Je voudrai que le monde fasse sien le message des enfants du monde lors de la session extraordinaire de l’assemblée générale de l’ONU en mai 2002, je cite : « Nous ne sommes pas les sources de vos problèmes, nous sommes vos ressources ; nous ne sommes pas des dépenses, nous sommes des investissements ; nous ne sommes pas juste des enfants, nous sommes aussi des citoyens de cette planète ; vous dites que nous sommes l’avenir, mais nous sommes aussi le présent. »

Parler des bébés, des enfants impose de parler de toute la société. Le petit enfant qui franchit le seuil de l’école maternelle entre 2 et 3 ans a déjà une histoire qu’il ne convient pas de négliger. Les enfants issues de milieux sociaux culturels différents montrent parfois des écarts sérieux qui se manifestent très tôt au niveau de la motricité, du langage, des acquisitions sociales, de leur comportement avec les objets. On peut observer que ce sont avant tout les inégalités des stimulations offertes par les milieux inégalement favorisés qui sont la cause de ces différences entre les enfants (remarque la chercheuse Suzy Cohen).

« Le but de l’école maternelle est de faire des êtres libres » disait Pauline Kergomard. Certainement que c’est un but que peuvent se donner les services publics avec l’école, les crèches, sans bien entendu, avoir l’illusion qu’ils règleront tous les problèmes de société !

C’est ce positionnement politique qui donne tout le sens à notre intervention au Conseil général pour qu’il réponde mieux encore aux besoins des familles puisque pour 65.000 enfants de moins de 3 ans, il n’existe que 18.729 places en structures et services d’accueil et 9033 places chez les assistantes maternelles agréées.
Nous proposons un effort en terme de développement des structures d’accueil, notamment les crèches, en même temps que des décisions en terme de formation de personnels qualifiés aujourd’hui en nombre insuffisant. Plutôt que de se désengager des crèches en les municipalisant le conseil général peut et doit assumer ce choix politique et donc budgétaire. Avec Jacques Bourgoin et notre groupe au Conseil général nous soumettons au débat public une charte pour un accueil de qualité du petit enfant dans les Hauts-de-Seine que je tiens à disposition de celles et ceux que ça intéressent.

Mon temps étant compté, je conclue donc aussi en remarquant que des journées comme celle-ci, avec votre participation, vos travaux seront aussi utiles pour continuer d’innover, d’avancer, pour le bénéfice de l’enfant, et donc de toute la société.
Bon travail donc, sans entraver nos rêves.