Intervention Patrice Leclerc
Rapport 257
Séance du 25 octobre 2002

Je voudrais profiter de ce rapport sur le plan départemental d’aide au logement des personnes en difficulté pour provoquer un débat sur nos conceptions différentes de la vie en société, de l'action en faveur des gens les plus en difficulté. J'ai bien lu dans "le Parisien" de mercredi dernier que le Président Charles Pasqua prenait la défense de l'ancien Maire de Neuilly face à ceux qui l'accusent "de mener une guerre au pauvres". Mais il n'y a pas que Monsieur Sarkozy qui mène une guerre aux pauvres. C'est une stratégie de la droite, un projet politique de développement d'une forme d'apartheid social.

Nous venons d’en avoir récemment une nouvelle démonstration avec le véritable acte de déportation sociale et ethnique accompli le 15 octobre dernier par Patrick Balkany, député-maire de Levallois, en expulsant plusieurs dizaines de familles et de célibataires vers les villes de Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers et Sarcelles.

P. Balkany a d’ailleurs une longue expérience dans ce domaine. Afin de favoriser la spéculation immobilière et la construction de logements de standing, il a, à l’époque où il a présidé l’Office département HLM des Hauts-de-Seine, utilisé l’Office départemental pour rejeter de sa ville des milliers de familles modestes de Levallois en les relogeant à Nanterre, Le Plessis, Colombes, Gennevilliers, Châtenay, et même Antony. Au point que Patrick Devedjian, son collègue alors du RPR, avait accusé P.Balkany de faire, je cite, « de la purification ethnique ».

Nous en avions eu un autre exemple avec Charles Ceccaldi-Raynaud, lorsqu’il a expulsé, en septembre 1996, ses propres agents de la voirie pour les reloger à Gennevilliers.

Au-delà de ces exemples brutaux, les maires de droite de notre département pratiquent, d’une manière générale, la chasse aux pauvres de leurs villes pour les envoyer dans des communes qui ont déjà de fortes concentrations de populations ayant de grosses difficultés sociales. Cela se fait, insidieusement, par l’intermédiaire du contingent préfectoral, des collecteurs du 1% patronal, des bailleurs sociaux. Certains le font ouvertement, d'autres plus insidieusement quand ils critiquent la loi SRU du précédent gouvernement, lorsqu'ils se couvrent derrière un rejet des couches sociales les plus privilégiées de leur ville face à la construction de logements sociaux.

En agissant ainsi, les villes de droite se défaussent de leurs problèmes sociaux sur le dos des villes déjà aux prises avec de grandes difficultés et qui se trouvent ainsi contraintes de régler la scolarité des enfants rejetés de leur précédente ville, d’allonger la liste de leurs demandeurs de logement, d’apporter l’aide sociale nécessaire.

Cela pose un problème majeur de notre société. Est-ce que nous allons, dans ce monde de plus en plus inégalitaire, vers une conception de l’urbanisme à l'américaine ? Allons-nous continuer de criminaliser la misère ou la traiter pour se qu'elle est: un problème politique, un problème social, une question de société? Est-ce que nous allons accepter de « Hautes murailles pour villes de riches » comme l’indiquait le « Monde Diplomatique » de mars 1996 ? Est-ce vers cette France là que vous voulez aller ?

Pour leur part, les élus communistes ne l’accepteront pas. Nous ne cesserons d’agir contre les inégalités et la ségrégation, pour inverser une logique de peuplement qui conduit à la marginalisation de territoires en voie d’appauvrissement, pour développer les solidarités et permettre à chaque citoyen de choisir librement son lieu d’habitat.

Nous sommes plus déterminés que jamais à agir pour favoriser la mixité sociale, la solidarité et l’intégration de toute la population dans sa diversité. Nous demandons que l'OPDHLM joue ce rôle. Par exemple, une cellule de travail avec la ville de Levallois, l'Opdhlm et la Préfecture devrait se mettre en place pour étudier le relogement des familles et des célibataires qui viennent de se faire expulser pour les reloger sur Levallois et les villes environnantes comme Neuilly, Courbevoie, Puteaux.